L'enjeu est d'inventer une autre manière d'être au monde techniquement et socialement. Le cynisme tendrait à laisser croire qu'il n'existe pas d'alternative. La belle affaire ! Qu'est-ce qu'une alternative si ce n'est un processus créatif qui essaye de nouvelles choses ? Absolument personne ne prévoyait que le commerce équitable allait prendre une dimension mondiale. Or, à ce jour, plus d'un million de producteurs dans cinquante-six pays du Nord en ont déjà bénéficié et distribuent les produits de structures issues du commerce équitable. Il y a encore peu de temps, d'aucuns imaginaient les pommes bio ayant un ver à l'intérieur et les chemises en coton bio forcément émaillées. Aujourd'hui, de tels produits sont synonymes de qualité.
Il s'agit de multiplier les expériences, en dialoguant les uns avec les autres, en quittant nos oripeaux idéologiques pour agir vraiment. L'environnement et le social sont les deux faces d'une même pièce qui s'appelle prospérité. C'est cette prospérité en tant que moyen de bien-être qui doit remplacer la recherche de la croissance comme fin en soi.
Rentabilité économique, équité sociale, respect de l'environnement et exigence démocratique ne sont pas incompatibles. Ce sont les quatre piliers d'un développement durable, ou devrait-on dire, d'un développement humainement soutenable. En ce sens, la solidarité entre les hommes et avec le vivant n'est pas seulement une vertu mais un levier d'actions.
Nous n'enlèverons pas aux hommes leurs désirs de possession mais le nouveau modèle à bâtir est aussi affaire de volonté. Que l'on agisse en tant que citoyen par ses comportements individuels et son vote, en tant que consommateur par ses actes d'achat, en tant que professionnel par son éthique, en tant que politique dans ses décisions ou en tant que parent via l'éducation donnée à ses enfants ! Une volonté dirigée vers l'idée d'un monde meilleur. Ce monde il faut y croire pour le voir car comme le dit Oscar Wilde : "Il faut toujours viser la lune car même en cas d'échec, on atterrit dans les étoiles."
Tristan Lecomte, fondateur d'Alter Eco, Joaquin Munoz, directeur général de Max Havelaar France, et Serge Orru, directeur général du WWF-France.
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